VALÉRIE WOILLET

Peintre

Né en 1966

« Ma peinture conjugue des influences croisées d’œuvres qui ont en commun une certaine présence de la couleur au-delà des époques et bien au-delà des courants artistiques comme les fresques de la renaissance italienne, les artistes des débuts de l’abstraction, la peinture américaine, les artistes minimalistes, l’œuvre sur papier de Joseph Albers, les monochromes d’Yves Klein, les installations de James Turell, les assemblages de Richard Tuttle, ceux de Blinky Palermo, de Imi Knoebel, les peintures de Nicola De Maria, James Bishop, Suzan Frecon, Marcia Hafif, Callum Innes. Je m’inscris dans une tradition abstraite, je cherche à créer un dialogue avec une histoire de l’art dans laquelle je vais puiser une filiation mais pour y trouver mon propre langage.Le premier temps est celui des fonds où la couleur est appliquée sur l’ensemble de la toile. Je commence par un monochrome, ensuite je vais y associer une ou deux couleurs. C’est le contraste qui compte : plus le contraste est marqué plus la peinture est réussie. L’œil peut se perdre dedans, dans le passage de l’une à l’autre, dans la ou les frontières. Dans une grande toile j’essaye de retrouver cette tension, ce mouvement qui maintient une distance entre couleurs par contraste de tons.Pensée au moment de la genèse de l’œuvre (dans l’atelier) la présentation est un élément du processus de création, envisagée comme une expérience globale. C’est un prolongement, une suite de l’acte de peindre. Mais c’est aussi un aboutissement de la création, pour permettre la perception, la réception d’un ensemble de peintures.


Mon questionnement est parti du choix de mes supports et de leurs accrochages. Mon intention était toujours de travailler des supports variés sans contraintes sur le format, passant de la toile libre à l’utilisation de châssis. Ce qui est toujours le cas. Mais au moment de la présentation, l’accrochage devenait une source d’hésitations. Je ne savais pas si je pouvais me permettre de présenter lors d’une exposition des toiles libres sans être aussitôt assimilée à la peinture de Claude Viallat. Je sais combien j’ai Été marqué par mes années d’études aux Beaux-arts de Nîmes, mais ma démarche a évolué, j’ai croisé bien d’autres artistes que j’ai pu inclure depuis dans ma recherche. A partir du moment où j’ai mis en route cette réflexion sur la question de la présentation, j’ai senti que mes hésitations disparaissaient pour laisser place à un champ d’investigation infini. Pour avancer dans cette recherche, l’atelier fut le premier lieu ou de nouvelles pistes ont commencé à se dessiner et les expositions qui ont succédé m’ont réellement permis d’associer l’accrochage à mon processus de création.L’accrochage signifie la présentation des œuvres, qui sont selon les cas, montées, fixées, suspendues, positionnées dans l’espace d’exposition. La mise en scène (scénographie) des œuvres dans un espace, va impliquer une relation de l’œuvre au lieu et au spectateur par ses déplacements. Un tableau par ses dimensions et son accrochage (au mur, au sol) va entrainer une attitude différente du spectateur : relation intimiste due à la proximité (œuvre de petites dimensions) ou absorption dans l’œuvre si elles sont de grandes dimensions et présentées dans des pièces exiguës pour que le spectateur « entre dedans ».

L’accrochage est pour moi, un réservoir de ressources expressives, expérimentales et infini, par cette entrée une multitude de pistes nouvelles s’ouvrent à moi. En l’associant à ma recherche initiale, celle de la forme et de la couleur, par des installations variées avec des assemblages de mes travaux sur différents supports je cherche à repousser les limites de l’espace pictural. Aujourd’hui je réfléchis à la disposition de mes peintures dans l’espace, sur les murs, au sol ou posées sur des tables. Je veux explorer des dispositifs qui associeront des toiles libres, des châssis combinant petits et grands formats, de la peinture sur papier, des carnets et aussi un jour des projections vidéo. En jouant avec la disposition de tous ces supports je veux permettre au spectateur de créer sa propre composition et devenir ainsi acteur en imaginant son chemin de lecture à travers la couleur, les formes et l’espace d’accrochage.